« Renaissance », je suis pratiquement sûr que ce titre ne vous dit rien. Rassurez-vous, si vous posez la question à votre entourage, vous vous apercevrez que quasiment personne n’en a entendu parler. Car ce film d’animation réalisé par  Christian Volckman en 2006 (un petit français bien de chez nous) est passé relativement inaperçu. Et pourtant, « Renaissance » confirme la règle qui dit qu’il vaut mieux ne pas se fier au bilan financier ni au score au box-office pour juger de la qualité d’un film.

Une sortie plus que discrète

Oups, je crois qu’on m’a vue…

A l’époque, « Renaissance » était un film que j’attendais depuis plusieurs mois. Pas très médiatisé, il fallait se plonger dans les revues et sites spécialisés pour avoir quelques morceaux à se mettre sous la dent. Déjà là, ça sentait un peu comme un munster qu’on a oublié au soleil.

En réalité, il aura fallu pas moins de 6 ans pour boucler le projet. Des problèmes se sont posés tout d’abord sur le financement : le concept était tellement novateur qu’il était impossible de lever des fonds sans avoir quelque chose à montrer. Mais pour épater les responsables des grands studios, il fallait produire quelque chose comme une bande annonce, et pour ça il fallait des fonds. Bref, il fallait des fonds pour lever des fonds (ce qui est hélas assez courant). Finalement, Disney et Miramax y injecteront un budget, mais ne suivront pas vraiment le projet. Le bon coté, c’est que Christian Volckman a ainsi bénéficié d’une liberté presque totale jusqu’au bout.

Mais parallèlement au problème financier, la réalisation de « Renaissance » a demandé beaucoup de tâtonnement et d’apprentissage, du fait de son coté expérimental. Des logiciels ont du être spécialement conçus au fur et à mesure que le film se construisait, puis adaptés et améliorés au gré des difficultés techniques rencontrées. Et bien entendu, tout ça a pesé son poids sur la durée totale de production.

Mais après tous ces soucis, et certainement quelques cheveux gris en plus sur la tête de Christian Volckman, le film a heureusement réussi à se frayer un chemin jusqu’aux salles obscures, pour le plus grand bonheur de l’auteur de ces lignes. Et je dois avouer que toute cette attente en valait la peine.

Etant généralement en retard pour tout et n’importe quoi, j’avais fait une exception pour ce film. Encore aujourd’hui je me félicite d’y être allé dans les premiers jours de sa sortie : les retardataires ont eu nettement moins de chance. Film destiné à un public trop restreint ? Esthétique trop tranchée ou trop en avance sur son temps ? Publicité maladroite ou mal ciblée ? Toujours est-il que le film n’est resté en salle que deux semaines (tandis qu’une comédie américaine pour cerveaux flétris est restée à l’affiche plusieurs mois, ce qui en dit long sur un tas de choses). Six ans de travail, pour à peine deux semaines de projection, j’imagine que le réalisateur a vidé quelques paquets de kleenex après ça.

Un futur tangible

Paris by night, avec la tour Eiffel dans le fond

 

« Renaissance » est un film d’animation de science-fiction entièrement réalisé en images de synthèses. Et ce sont pas loin de 40 acteurs qui donnent vie aux différents personnages qu’on croise dans le film grâce au motion capture. Devenu très courant de nos jours, le « mocap » est une technique qui consiste à filmer un acteur à l’aide de plusieurs caméras placées tout autour de lui. Pendant sa performance, un ordinateur récupère l’image des caméras pour enregistrer ses mouvements et les coller sur le squelette du personnage virtuel à animer. Cela  donne une vraie personnalité aux personnages, qui évoluent avec réalisme dans des décors tout aussi impressionnants.

L’histoire se déroule à Paris, en l’an 2054. Le monde imaginé est futuriste, mais sans l’être trop. L’architecture est restée très proche de ce qu’on connaît. Et pour illustrer cette familiarité avec les lieux, un des premiers plans du film nous fait passer très habilement de notre époque à celle du film : on y voit les toitures de Paris tels que tout le monde les connaît, et la caméra descend progressivement vers la rue. Mais à la place des pavés, une pente métallique nous entraîne plus loin dans les profondeurs. Au milieu de la paroi, un tunnel révèle un bateau qui passe dans un canal suspendu, puis d’autres immeubles, d’autres gigantesques structures métalliques, et enfin la rue. Paris a grandi, mais ne pouvant plus s’étendre horizontalement, la ville a du s’étirer en hauteur.

L’architecture moderne et bâtiments historique s’y mêlent en harmonie dans un enchevêtrement de verre et d’acier. Les monuments clé comme la tour Eiffel, Montmartre, et Notre Dame, reproduits avec une incroyable précision, rendent le paysage encore plus crédible. Et pour une fois le futur n’est pas sombre, sale, sans espoir et déprimant. Pas de surpopulation, de présence policière omniprésente ou de misère à tous les coins de rue.

Bien entendu, la technologie a bien évolué. Les téléphones cellulaires ont laissé la place à de petits patchs à coller sur la peau qui transmettent voix et image. Les ordinateurs n’ont plus d’écrans physiques et projettent leur image sous forme d’hologramme. De la même façon, les documents ont pris la forme de liseuse sans écran ; le papier n’existe plus que sous forme d’antiquité ou de pièce de musée.
Quant aux voitures, contrairement aux visions de Ridley Scott pour 2019, elles ne volent toujours pas, mais elles ont une allure très aérodynamique. A ce propos, pour son film, Christian Volckman voulait au départ utiliser la Citroën DS, véritable symbole français. Le constructeur automobile lui propose alors mieux : travailler avec son équipe de designers pour imaginer une voiture futuriste toute neuve.

Noir c’est noir

Les décors regorgent de détails

« Renaissance » puise son inspiration dans un grand nombre d’oeuvres. L’ambiance et les décors rappelleront d’autres films (Blade Runner, Akira, Ghost in the shell), ou des bandes dessinées /romans graphiques (travaux d’Enki Billal, Sin City). Mais le long-métrage conserve son identité propre, sans jamais tomber dans la copie facile.

Mais c’est surtout dans les films noirs des années 40 qu’il trouve ses racines. « Renaissance » reprend tous les codes du polar d’antan (une banale affaire de kidnapping amène un flic vers quelque chose de plus gros). Plus précisément, on nage en plein tech-noir (genre qui a été baptisé ainsi par James Cameron pendant qu’il tournait « Terminator »).

Et pour renforcer la référence aux vieux films noirs ultra-contrastés et stylisés, Christian Volckman a intégralement conçu le film en noir et blanc, avec de temps en temps quelques nuances entre ses deux extrêmes. Visuellement, c’est superbe, et le tout reste extrêmement lisible malgré cette bichromie teintée de gris, dans lequel fourmille un nombre incroyable de détails.

Vie et mort ?

On court tous après quelque chose

La vieillesse reste le thème central de « Renaissance », comme nous le rappellent constamment les publicités géantes pour la firme « Avalon ». Mais au delà de ça, le film pose des questions intéressantes sur la vie, la mort, la bioéthique, et naturellement sur l’immortalité. Je n’en dévoilerai pas plus.

Si vous aimez les polars, les images à l’esthétique novatrice et détaillée, êtes fan de films comme Blade Runner ou Ghost in the shell, vous ne devez pas manquer « Renaissance ». Si le film a clairement raté sa sortie en salle, on peut heureusement se rattraper avec les DVD, Blu-rays, ou même la VOD si ça se trouve. Alors foncez, faites plaisir à vos rétines, faites passer le mot à votre entourage, et redonnez ses titres de noblesse à cette oeuvre trop rapidement tombée dans l’oubli.

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