Quand on pense à la deuxième guerre mondiale, on a tous les mêmes images qui nous viennent à l’esprit. Les films, documentaires et livres nous ont habitué aux GI américains engagés dans des actes héroïques, aux allemands planqués derrière les MG-42 qui arrosent les attaquants de balles, et aux opérations de sabotage menées par les commandos.

Mais il faut reconnaître que peu de place est accordée aux femmes qui ont également contribué à l’effort de guerre. Le réalisateur français Jean-Paul Salomé s’est donné comme tâche de leur rendre hommage dans son film « les femmes de l’ombre » (2008)

La vie d’une vraie femme de l’ombre

Lise de Baissac

Le film puise sa source en la personne de Lise Villameur (née Lise de Baissac), une véritable résistante et héroïne de la deuxième guerre mondiale. C’est en lisant l’annonce de son décès dans le Times que Jean-Pierre Salomé et un historien partiront à la recherche d’éléments dont ils se serviront pour donner une âme au long-métrage.

Native de l’Ile Maurice, Lise est recrutée par le SOE (Special Operations Executive) et envoyée en France où elle sera officier de liaison et de repérage pour différents réseaux de la résistance.

Elle commence son service actif après un saut en parachute dans le Loir-et-Cher, en septembre 1942. De là, direction Poitiers où elle a pour mission de constituer et maintenir le réseau ARTIST. Pendant les 9 mois qui suivront, elle organisera des parachutages d’armes et de matériel, assurera la transmission d’informations à trois autres réseaux (SCIENTIST, Prosper-PHYSICIAN, BRICKLAYER), et cachera des agents dans son appartement stratégiquement situé dans une rue très animée, juste à coté du quartier général de la Gestapo. Mais en juin 1943, les réseaux sont de plus en plus menacés. Lise est contrainte de quitter Poitiers et regagne l’Angleterre.

Pour sa deuxième mission, elle est à nouveau expédiée en France en avril 1944, par avion, près de Villers-les-Ormes. Elle rejoindra son frère, Claude, en Normandie, qui vient de reformer un nouveau réseau SCIENTIST. Elle fait alors office de courrier et transmettra ordres et rapports entre les maquisards et le réseau de résistance fraîchement établi, jusqu’au 6 juin 1944, jour J du débarquement. Elle est démobilisée juste après et rentre en Angleterre quelques mois plus tard. C’est en 1950, bien après la fin de la guerre, qu’elle épouse Gustave Villameur, et devient Lise Villameur.

Le film n’a cependant rien de biographique, et le personnage fictif de Louise Desfontaines (rôle tenu par Sophie Marceau) n’a que très peu de points communs avec Lise de Baissac. Par ailleurs, contrairement à ce qu’on voit dans le film, le personnel du SOE n’était pas envoyé en mission sous la contrainte, mais s’engageait volontairement, par conviction et ferveur patriotique.

Par contre, ce qui est tout à fait vrai, c’est l’opération qui inquiète tant notre colonel Karl Heindrich : ces immenses caissons flottants qui sont lentement acheminés vers les plages de Normandie.

Les « mulberries »

Un port « mulberry » complet et fonctionnel

Pour comprendre l’origine de ces gigantesques structures flottantes, il faut remonter à août 1942. Aucun des généraux de l’alliance n’est prêt à prendre la responsabilité d’un assaut armé sur les côtes normandes. Churchill supervise alors une opération dont l’objectif principal est de prendre le port de Dieppe et de le garder sous contrôle un minimum de temps. Cette opération vise à prouver qu’il est possible de maîtriser un port d’une telle envergure, tout en parvenant à récupérer du matériel et des informations des prisonniers allemands.

Cette mission se solde par un échec cuisant. Des 6000 hommes envoyés sur place, seuls environs 2400 reviennent. Tous les autres sont blessés, tués ou capturés. Et aucun des objectifs principaux ou secondaires n’est atteint.

caisson « phoenix »

C’est à l’occasion du debriefing sur le fiasco de Dieppe qu’un ingénieur déclare sur le ton de la plaisanterie : « si nous n’arrivons pas à prendre le contrôle d’un port, il nous faudra en déplacer un d’Angleterre jusqu’aux plages normandes ». Mais la boutade sera prise très au sérieux et c’est en août 1943 que le projet « mulberry » sera validé.

Et ainsi, à peu près dix jours après le débarquement, ce sont deux longs navires marchands (les « gooseberries ») qui s’approchent des côtes. Ces navires forment respectivement les premiers éléments du port « Mulberry A » destiné à Omaha beach, et du « Mulberry B »déployé sur Gold beach. Suivant la procédure, les deux navires sont sabordés sur place, et servent alors de brise-lames. Rapidement, les fameux caissons creux et hauts de plusieurs étages (les « phoenix »), sont amenés et coulés dans le prolongement des « gooseberries ». Ils offrent ainsi un abri pour les navires plus gros. Là dessus sont ensuite acheminés et arrimés pontons, routes artificielles et autres structures. Le tout formera un port artificel complet et fonctionnel, sur lequel matériel et personnel pourront être débarqués vers les plages.

Ponton « Whale »

En réalité, seul le « Mulberry B » sera opérationnel, le « Mulberry A » ne survivra pas à la tempête qui s’abattra trois jours plus tard, et sera abandonné en l’état.

On peut encore percevoir des traces de ces ingénieux ouvrages de nos jours. Du coté d’Arromanches subsistent toujours des caissons « phoenix », ainsi que quelques flotteurs en béton. Et on peut encore trouver des pontons « whale »un peu partout ailleurs en France : dans le Calvados, l’Aisne, l’Eure, le Haut-Rhin, la Meuse, la Moselle, et dans le territoire de Belfort.

Avis aux amateurs de balade et d’Histoire 😉

En savoir plus